Musée international d’horlogerie

50 ans pour un musée où le temps s’arrête

 

L’atmosphère, la muséographie, les pièces d’exception, le savoir-faire… quelques raisons qui font d’une visite au Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, un moment où le temps est suspendu. Toujours en mouvement, il attire les foules du monde entier, depuis 1974 année de son installation dans son écrin monumental. Riche d’une activité foisonnante, il fête également la 30e remise du prix Gaïa et a étoffé sa collection grâce, entre autres, à un legs exceptionnel. Pour nous parler de ce lieu emblématique, rencontre avec Régis Huguenin-Dumittan qui tient les rênes de ce joyau, depuis maintenant 10 ans.

1974, une année marquante pour le monde de l’horlogerie avec l’ouverture du musée que l’on connaît aujourd’hui. Quelle est son histoire?

Le premier musée a vu le jour à La Chaux-de-Fonds en 1902. Il était alors installé au cœur du bâtiment de l’Ecole d’horlogerie. Il faut attendre 1963 pour qu’une étude sur les collections que détient la Ville laisse apparaître l’importance de les mettre mieux en évidence. En juin 1968, un concours d’architecture est lancé pour la construction d’un nouveau bâtiment. Le projet « Gnomon », aussi audacieux qu’original, des architectes Pierre Zoelly et Georges-J. Haefeli, le remporte. De béton et de pierre, le Musée international d’horlogerie ouvre officiellement ses portes, le 17 octobre 1974. L’histoire est en marche ! Prochainement, ce sanctuaire de la collection horlogère la plus significative au monde va connaître d’importants travaux de rénovation pour continuer à mettre en exergue des savoir-faire et des objets uniques.

Le prix Gaïa fête sa trentième cérémonie. Qui récompense-t-il?

Depuis 1993, le prix Gaïa, décrit par les médias comme le Nobel du monde de l’horlogerie, récompense des carrières extraordinaires accomplies dans ce domaine. Ainsi, chaque année, un jury, composé de personnes de différents horizons, récompense trois lauréats dont la candidature (elles sont ouvertes annuellement jusqu’au 21 mars) a été transmise par des tiers et qui sont actifs dans un des 3 secteurs suivants : l’artisanat et la création, l’entreprenariat ou la recherche. L’équinoxe d’automne, retenu pour la remise des prix, est une date marquante pour l’horlogerie et celles et ceux qui s’y impliquent au quotidien.

Comment étoffez-vous la collection?

Si nous détenons plus de 10 000 objets d’exception et parfois uniques, chaque année, la collection grandit grâce à l’acquisition de nouvelles pièces via des ventes aux enchères ou directement auprès de particuliers. Ainsi, pour les 50 ans du musée, ce dernier a reçu un « cadeau » magnifique avec l’arrivée d’une pièce qui nous faisait défaut : une horloge nocturne de 1682, en bon état et « dans son jus ». Nous en avons également accueilli d’autres, courant 2023, grâce à 3 legs d’importance dont un aussi inattendu qu’exceptionnel de la part d’un collectionneur averti, Eduard Streit. Ainsi, nous ont été remises 180 montres avec des particularités techniques et esthétiques dont les productions vont des années 1700 à la fin du 20e siècle. Une collection en parfait état de conservation. C’est plus qu’un cadeau, c’est un véritable trésor ! Par ailleurs, nous nous attelons à apporter des nouveautés dans nos présentations grâce à des partenariats, comme celui réalisé dernièrement avec la Fondation Edouard et Maurice Sandoz, nous permettant ainsi d’exposer des pièces incontournables de l’histoire de l’horlogerie que le public ne peut que très rarement contempler.

Vous êtes directeur du musée depuis 10 ans. Quelle est votre histoire et quel est votre quotidien?

Je suis, d’abord, un passionné de musées ! Mon chemin professionnel démarre avec une formation en histoire industrielle des entreprises, ainsi qu’en muséologie, qui me conduit à travailler chez Jaeger-LeCoultre en tant que responsable du patrimoine. En 2014, je rejoins le MIH et en prend la direction. Ma mission principale, qui n’a pas changée, est d’orchestrer l’ensemble de l’institution, de concilier les forces internes et externes et de mener à bien de nombreux projets. Une petite équipe m’entoure pour ceci. S’ajoutent les rencontres, les opportunités, les occasions données. Je « joue » avec toutes les forces en présence pour que le Musée grandisse chaque jour un peu plus et demeure un outil pertinent et attractif pour la communauté horlogère comme pour un plus large public. Pour cela, il est important qu’il reste diversifié. Je définis également toute la programmation des expositions et des manifestations qui sont organisées au fil du temps. Ce travail, je peux le mener en totale liberté puisque le musée ne dépend d’aucune marque horlogère. Un atout de taille pour réaliser des projets multidisciplinaires qui ont tous pour but final d’apporter de nouvelles connaissances à notre domaine.

Quel est votre plus intense souvenir jusqu’à aujourd’hui?

J’ai envie de répondre, comme lorsque l’on me questionne sur mon objet chétif de la collection, que c’est celui à venir ! Pour autant, dans les années récentes, je mentionnerais la reconnaissance reçue de la Confédération qui a décidé de nous soutenir financièrement. Nous sommes peu de musées en Suisse à bénéficier de cet avantage, c’est d’autant plus un honneur que de faire partie de ce petit « club ». C’est le résultat de notre travail d’équipe et de notre engagement à considérer les problématiques culturelles et sociales auxquelles doit répondre, de nos jours et pour les générations futures, un musée comme le MIH.

Et demain?

Comme je vous l’expliquais précédemment, le Musée va connaître d’importants travaux de rénovation de son bâtiment. C’est un chantier essentiel pour le perpétuer dans le temps. Dans un autre ordre d’idée, 2025 va voir naître une formation continue unique au monde, dans le domaine du patrimoine horloger. Elle est destinée à des étudiants, à des professionnels des entreprises horlogères ou encore à des spécialistes de musées qui, grâce à différents modules répartis sur une année, auront l’opportunité d’appréhender la patrimoine horloger matériel comme immatériel de manière professionnelle, pratique et interdisciplinaire. Sa mise en œuvre se fait en collaboration avec l’Université de Neuchâtel. C’est un très beau challenge pour lequel je me suis beaucoup investi et qui est une autre manière de montrer combien le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds n’a pas fini d’écrire son histoire comme celle de l’horlogerie!

Musée international d’horlogerie
Rue des Musées 29 – CH-2300 La Chaux-de-Fonds
Tél. +41 32 967 68 61
info@mih.chwww.mih.ch

Photo principale: © Guillaume Perret
Petite photo: © MIH/M. Mercan